Même le pays imaginaire est un monde qui crève.



________Tu as 9 ans et il y a un crabe dans ton papa. Il y a une petite bête qui monte, qui monte, qui monte, et qui bouffe tout à l'intérieur. Tu l'imagines courir sous sa peau devenue pâle, et prendre possession de ce corps que personne ne sait comment sauver. Il y a quelque chose qui dévaste tout là dedans et qu'on essaie de te cacher, comme si des yeux d'enfants étaient des yeux qui ne voient pas. Pourtant tu le vois bien que cette main glacée n'arrive plus à serrer la tienne, que la mort te l'enlève. Tu le sens partir et tu ne sais pas si tu as le droit de pleurer, tu voudrais dire quelque chose mais dans ta gorge tu ne trouves pas de mots distincts. Tu les détestes tous, ces mots compliqués que tu ne comprends pas et qui désignent cette chose en lui, cette chose en trop, l'assassin. Ils l'ont fait entrer, l'ont rendu réel, mais il n'en existe aucun capable de le faire disparaître. Les mots rendent malade mais ils ne savent pas guérir. Tu aimerais jouer à faire comme si mais il suffit qu'il tousse un peu trop fort pour que l'illusion s'effondre. La vie sans lui te fait peur, tu ne sauras pas devenir grand. Tu devines déjà le vide immense qui t'attend, les envies de somnifères et les cauchemars répétitifs. Tu fermes les yeux très fort et souhaite devenir une ombre, une partie intégrante du néant : tu as toujours dit que plus tard tu serais « comme papa ». Tu te demandes comment une si petite bête a pu s'incruster dans ce géant d'amour. Tu imagines que c'est comme une morsure, et que son c½ur saigne du noir. Le temps finira de tuer ce qu'il t'aura laissé de lui. Tu peux encore compter tes années sur tes doigts mais il arrivera bien un jour où il y en aura trop, et où ses traits seront devenus flous. Où tu auras quasiment oublié cette hémorragie de souvenirs qui envahie ton cerveau, malgré les crises d'angoisse à tenter de te les greffer à même le c½ur. Tu sais que c'est inévitable mais tu le fixes quand même, tu t'accroches à ce que tu peux pour lui paraître fort. Ça te brûle au fond des yeux de larmes qui ne coulent pas, ça te crève la peau et le c½ur à la fois. Tu regardes la nuit se figer lentement dans ses veines et engloutir ses dernières forces. Tu as 9 ans et tu n'as plus de papa.

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# Posté le jeudi 03 janvier 2008 12:33

Modifié le dimanche 30 août 2009 16:08

Il manque à mes rêves la marque de tes doigts.



__Il y a des soirs où je ramène le drap jusque par-dessus ma tête – pour que même le noir ne me voit pas – et où je nous pleure encore. Mon c½ur bat au ralentit, anesthésié par la nuit. Quand je pense à toi il n'y a soudain plus de temps qui passe, plus de vie palpable, tout ce qui s'opère en dehors de mon corps semble n'être que le sursaut d'un autre monde. Je cherche ton odeur dans les plis de mes draps, je fais l'amour avec ton souvenir, je serre très fort ce vide qui se substitue si mal à ton corps : je passe mon temps à t'attendre. Ce qu'un jour on a été n'est jamais vraiment parti. Il m'arrive encore de tomber sur ces débris de bonheur dont tu n'as pas voulu, en lequel tu n'as pas cru. Souvent je surprends nos fantômes se serrer tellement fort que sur le bitume leurs ombres se confondent. Un an après j'ignore encore où te fuir, par où commencer à nous oublier. Le temps lui-même semble passer sans savoir comment nous effacer, par quel point de suture nous refermer. Alors la blessure reste ouverte, béante, et j'en entretiens soigneusement la douleur en faisant de nous mes plus beaux souvenirs. J'ai ce besoin de sentir me lancer ces bleus que tu m'as laissés sitôt qu'un autre touche à mon corps. Au fond je ne veux pas guérir de toi, ça me fait tellement de bien quand c'est toi qui me fait mal. Je ne me rappelle plus quand tu m'as aimée et quand tu as joué, je ne distingue plus ce qu'on a vécu de ce dont j'ai rêvé ; de toute manière je t'ai déjà tout pardonné. Je ne compte plus le nombre de battements que mon c½ur semble sauter dès que je crois t'apercevoir, de loin tout le monde a ton visage. C'est si rassurant de savoir que l'on peut se croiser à n'importe quel moment, à n'importe quel endroit, par le fruit de ce que certains s'obstinent à vouloir appeler du hasard. Je t'ai sous la peau dans tes moindres détails, un battement de paupière et tu reapparais, intact, comme si l'on ne s'était jamais quitté. Je t'aime encore tellement souvent.

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# Posté le lundi 12 mai 2008 08:10

Modifié le dimanche 30 août 2009 16:09

Entre l'écriture ou la vie, j'ai choisi l'écriture. ______________''_____________________________ Mille . 2Mille



_________Je suis née avec un stylo dans la continuité du corps. On m'a très tôt diagnostiqué une maladie incurable que la plupart ignore : J'ai gardé une lésion quelque part dans les gènes qui laisse tout passer trop fort, je suppure de l'intérieur d'un trop plein de mots qui débordent. J'ai les artères bouchées de rimes dont l'accumulation me pousse parfois jusqu'au malaise. On m'a prescrit sans trop y croire le plus de bouquins possible à avaler régulièrement, et des tonnes de pages à noircir de cette hémorragie externe. Alors je perds ma santé dans des nuits sans sommeil, m'arrachant un à un tous ces mots qui me cognent pendant que tout le monde dort. J'essais de refermer des blessures dont la douleur ne passe pas, me presse le c½ur en quête d'un soulagement provisoire. De nature trop fragile il ne supporte pas l'excès et ne peut battre normalement sans un pansement de papier contre lequel se vider. Je ne suis pas faite pour le réel, pour la violence des sentiments humains. Mes textes empestent la rage, l'agonie et la solitude : les gens qui écrivent sont des gens que l'on fuit. Le manque d'air est devenu permanent. Ce qu'il me reste de vie se résume désormais à des serrements de c½ur tard dans la nuit, de la douleur sous des ratures, des cailloux à la place des rêves. J'ai toujours été persuadée que l'écriture pouvait rendre fou, et qu'après des années de torture elle finirait par m'avoir – entièrement. Qu'elle me conduirait irrévocablement à une totale exclusion du monde, à une lente autodestruction. Je mourrai allongée dans les débris de mes rêves, anesthésiée par des mots que je n'aurais pas su extraire et qui m'auront infectée jusque dans ma chair la plus profonde. De longues coulées d'encre noire s'échapperont de mes veines ouvertes.

1O . 5O . 1Oo . 15o . 2Oo

# Posté le jeudi 15 février 2007 08:13

Modifié le dimanche 30 août 2009 16:15